Article qu’on m’avait demandé de rédiger sous la forme d’une lettre pour un fanzine qui n’a finalement jamais été publié.
Ici à Santa Eulalia, dans la campagne de Lima au Pérou, nous sommes le lundi 1er mars 2021. Je suis arrivé il y a une semaine chez ma pote franco-péruvienne Iselle, dans ce qui sera peut-être ma dernière maison péruvienne. Ici, sur les premières pentes des Andes, avec un jardin merveilleux, nous sommes si près de Lima mais à la fois tellement loin de l’oppression covid liménienne. Je peux y faire tranquillement le bilan de mon année péruvienne sans oublier de penser à mon avenir.
Je suis arrivé à Lima, dans un pays que je connaissais déjà assez bien, le 25 février 2020 pour suivre ma copine avec plein de projets en tête, des rêves de voyages et la volonté de trouver un travail rapidement. Trois semaines plus tard le confinement nous tombait dessus. Je ne rentrerai pas ici dans les détails de cette ambiance apocalyptique à ce moment-là au Pérou, je ne raconterai pas tout ce que nous avons vu et subi pendant les 1200 km que nous avons parcouru en voiture de Zorritos, dans le nord du Pérou où nous voyagions, jusqu’ à Lima pour rejoindre notre demeure de confinement. En gros dans la 2ème partie du partie du trajet, faite le premier jour officiel de quarantaine, soit le 16 mars, nous avons subi en 600 km peut-être un quinzaine de contrôles policiers, passer des barrages militaires et squatter des heures dans des fils de voitures interminables rappelant The Walking Dead
Le premier confinement durera 3 mois ½ dont deux mois très fermés avec permission de sortir seulement pour les courses. Lima était méconnsaissable : les barrages de l’armée, les contrôles de la police, la peur de la population, les touristes bloqués et jetés des hôtels, l’appréhension des gens devant tout ce qui venait d’Europe à un moment où le virus explosait sur le vieux continent mais pas encore au Pérou. Et je ne vous parle pas de la frustration de vivre si près du bord de mer dans le quartier de Barranco sans avoir le droit de s’en approcher. Heureusement qu’une communauté de voisins a fini par se créer dans l’immeuble, « la famille de la quarantaine »
Ici ça fait un an que la nuit est sous couvre-feu et justement aujourd’hui nous « fêtons », la fin du deuxième confinement qui a duré 1 mois. Le Pérou est l’un des pays où la mortalité par habitant due au covid est l’une des plus élevée du Monde. Des gens de nos âges meurent à cause d’un système sanitaire déficient. Un jour peut-être je raconterai en détail toute cette période.
Cette ambiance a bien-sûr mis à l’eau la plupart de mes projets ici. Un an plus tard, l’état ayant étendu les visa tourisme (normalement limité à trois mois), je suis encore sous ce statut. Je n’ai donc pas travaillé officiellement depuis un an. Certains des nombreux français vivant ici sont partis du fait de l’impossibilité d’enclencher ou de poursuivre leur projet professionnel. Moi je suis resté, au départ, pour ma copine.
Je continue jusqu’à aujourd’hui une petite activité informelle de professeur de français. Ma spécialisation de cours c’est le rap français, on traduit et explique des textes. Les élèves aiment ça, apprennent le langage de rue, quelques expressions vulgaires, ça les change de leurs cours traditionnels Honnêtement les cours se font aussi rares que la pluie à Lima mais j’ai développé des bonnes relations avec certains élèves. J’aime ça. J’avais lancé ça après le premier confinement, peu de temps avant la suppression de mes allocations pôle emploi. Celles-ci m’avaient été prolongées, malgré ma présence hors zone Europe, lors de mes 6 premiers mois ici du fait de la situation pandémique. Elles m’ont permis de mettre de l’argent de côté dans un pays à la vie moins chère et dans un contexte aux dépenses réduites.
Entre les deux vagues épidémiques, j’ai eu la chance de partir voyager aussi, du côté de Cusco, la Vallée Sacrée, le Machu Picchu, une des régions les plus touristiques d’Amérique du Sud complètement vidée de ses touristes avec des hôtels affichant des prix plus bas que jamais et l’ensemble des sites touristiques accessibles gratuitement. Durant ces quelques semaines de voyage je me sentais le plus chanceux de ce Monde réduit à l’immobilisme.
Ah oui en fait, j’ai fini par me faire larguer. Je me console en me disant que par les temps qui courent on peut cacher nos échecs derrière les événements. Personne ne viendra vérifier si je dis des phrases d’époque du genre « Le covid a eu raison de mon couple ». Malgré quelques belles expériences, rencontres et stories Instagram qui cachent la forêt, je n’en suis pas encore au stade où j’arrive à regarder mon année avec autre chose que de la noirceur. Sans doute que ça viendra. Bref, Covid’merde.

Laisser un commentaire