Football en la mitad del mundo

   

Written by:

Affalé au premier rang du premier étage de l’autocar entre Gayaquil et Quito, mes pieds puants, vêtus des mêmes chaussettes dépareillées depuis quelques bus et quelques milliers de kilomètres, calés contre le pare-brise où dégoulinent les gouttes d’une pluie dont je n’essaie même plus de comprendre si elle est de saison en cette fin d’octobre d’une année 2023 traversée par le phénomène El Niño, je scrolle. Ce n’est pas ce scroll que m’offrira l’information que je vais ici développer. Je crois bien que c’est depuis les enceintes d’une radio, celle du chauffeur peut-être, qu’elle atteindra mes oreilles. Mais en fait, quelle info ? Celle que Dimanche, donc demain, se jouera la finale de la Copa Sudamericana de football, l’équivalent sud-américain de la Ligue Europa, donc la deuxième plus prestigieuse compétition sud-américain de club après la Copa Libertadores qui, elle, pour rester avec cette vision eurobsessives de choses, constitue l’équivalent sud-américain de la Ligue de Champions. C’est bon vous l’avez digéré ma phase de six lignes ? Sur les 4 pélos qui ouvriront cet article, j’espère qu’au moins la moitié a tenu jusque là. Donc on continue.

Pourquoi je parle de ça moi ? Ah oui, parce que dans cette finale de la Sudamericana on retrouvera le LDU Quito, le club principal de la ville vers laquelle je me dirige. Alors certes, le match n’a pas lieu à Quito puisque c’est à Maldonado en Uruguay qu’il se déroulera, mais on est en Amérique du Sud et j’en suis sûr Quito passera le week-end au rythme de sa finale. Ce match me fournit un plan en arrivant dans une ville où je n’en avais pas : vivre l’événement avec les quiténiens.

Leur ville s’étire au creux des montagnes andines, déployant un patchwork de toits rouges, de clochers d’églises et de façades coloniales qui racontent une histoire vieille de plusieurs siècles. Quito mêle la grandeur de son centre historique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à l’agitation de ses avenues modernes et marchés colorés. Du haut de ses miradors, on admire la vallée et les sommets environnants semblant veiller sur elle. Ce contraste entre patrimoine et expansion urbaine confère à Quito un charme à la fois intemporel et dynamique, où chaque ruelle invite à la découverte, et chaque quartier révèle une facette différente de cette métropole en perpétuel mouvement.

Mais en fin 2023, Quito c’est aussi l’insécurité.

L’Equateur depuis quelques années, a mauvaise réputation .Cette nouvelle dangerosité du pays est due en grande partie à l’explosion du trafic de drogue, le port de Guayaquil étant devenu un gros point d’expédition de la cocaïne vers d’autres régions du Monde. Avec le trafic viennent les gangs qui se font la guerre et corrompent les états pour qu’ils reculent les laissent faire leur marché et…leurs guerres. Ils vont même jusqu’à tuer les incorruptibles, comme le candidat à la présidentielle Fernando Villavicencio assassiné en 2023. Le nombre d’homicides a augmenté de 800 % entre 2018 et 2023. Cette atmosphère d’insécurité se renforcent avec une augmentation, au moins en apparence, de la misère, notamment celle venue du nord avec ces milliers de jeunes vénézuéliens fuyant un pays en crise et ayant pris la route en nombre vers la Colombie, l’Equateur, le Pérou dans l’espoir d’une vie meilleure. Ce qui peut créer, sur un continent n’ayant jamais connu ce genre de vagues migratoires internes, des tensions entre les locaux et les migrants, certains des premiers par xénophobie mettant parfois sur le dos des seconds la hause de l’insécurité.

Dans tout ça, on dit que c’est donc Guayaquil la ville la plus dangereuse. Mais Quito n’est pas épargnée. Jamais en arrivant dans une ville sud-américaine, je n’ai reçu tant de mises en garde. « Le quartier est dangereux après 21h » me dira l’aubergiste. « Ahora no solo te roban, pero te matan » (« aujourd’hui non seulement ils te volent mais en + ils te tuent ») me dira un chauffeur de taxi. « no soy yo ! » (« ce n’est pas moi ! »), me dira la Mama que j’ai surprise la main dans ma poche en plein centre-ville. C’est donc plus dans ce genre d’ambiance qu’est plongée la deuxième plus haute capitale du Monde que dans une atmosphère de finale continentale. D’ailleurs deux mois plus tard, en janvier, le pays plongera dans quasi guerre civile quand Fito, la « star » des narcos locaux parviendra à s’évader de la prison de haute sécurité de Guayaquil. Mais je ne suis qu’un aspirant blogueur de voyage chômeur, vous n’aurez donc pas d’enquête sur ce sujet….Bref tout ça pour dire que je n’entends que très peu parler de la finale dans la première partie de mon week-end à Quito. Même le Dimanche, je ne perçois aucun signe de l’événement et ce n’est qu’en demandant à des passants que j’apprends qu’il y aura un écran géant plaza Foch, une place excentrée dont ces mêmes passants me diront qu’aujourd’hui, elle est dangereuse…

Ni une ni deux, je fonce Plaza Foch. Il est 14h, le match est dans une heure. Ca y est, enfin l’ambiance. Le feu. C’est le bordel. Pas un « gringo » en vu (surnom donné par les sud américains à la base aux états-uniens, puis souvent à tous les blancs, ndlr). Toutes les rues adjacentes ont revêtus des étales des vendeurs ambulants qui vendent maillot, trompettes, péruques etc… J’achète un maillot du LDU Quito, sans doute faux, pour quelques dollars américains, monnaie officielle depuis la crise du taux de change des années 2000, et suis prêt à les supporter pour cette finale contre l’équipe brésilienne de Fortaleza.

La place est blindée et l’ecran géant hyper ma situé. je ne verrai pas un seul de ces bouts. Mais peu importe. Je suis dans la marmite. Et c’est là que je voulais être. Les jeunes escaladent les abribus et les grilles de l’université voisines. Ils sont heureux le temps de cette parenthèse football. Ils chantent. Les Sud Américains sont peut-être les meilleurs pour écrire et chanter les louanges de leurs équipes. Bien sûr les gens boivent aussi. D’ailleurs ils sont nombreux à boire la même boisson jaunâtre dans une bouteille plastique de 50 cl. Aussi déshydraté qu’intrigué par ce liquide, j’achète une bouteille à un vendeur ambulant pour un dollar. Ce n’est qu’au moment de la première gorgée, un gorgée aussi importante que ma déshydratation, que je comprends que cette boisson est alcoolisée et que mon geste de recul permet à mes voisins de foule de comprendre que c’est à moment-là que je le comprends. Après quelques moqueries, ils m’expliqueront que cette boisson que tout le monde boit s’appelle Canelazo. J’en avais peut-être bien déjà gouté au Pérou où elle est beaucoup moins répandue qu’en Equateur. C’est un mélange d’aguaguardiente, de sucre ou bien de sirop de canne, et d’une infusion de cannelle. J’en enchainerais quelques uns pour me mettre dans l’ambiance mais, malgré tous mes efforts, je ne rattraperai jamais mon retard sur ceux, nombreux, que je suspecte d’avoir passé la journée à en descendre. Ils sont chauds. Ca chante, ça danse, ça jette des trucs sur la police. On frise même l’affrontement à un moment. La pluie, parfois forte, ne calmera pas les festivités, poussant juste les moins téméraires à aller s’abriter sous le hall de l’université voisine le temps que ça se calme.

Je prends des photos, j’enregistre des vidéos. Quelque soit l’endroit du Monde où on se trouve ce genre de réunions attirent les pick-pockets mais leurs regards se posent un peu plus quand on est le seul « gringo » au milieu d’une foule de locaux dans un pays en crise. On a la couleur et le passeport du privilège. C’est comme ça. Et même si ici on me vole, même si je rentre nu après la finale, privilégié je resterai. Je n’oublie cependant pas la phrase du chauffeur de taxi, je tiens à ma vie donc je reste prudent et parviens à mettre en échecs les deux tentatives de vol de mon appareil photo.

Liga de Quito, après une séance de tirs au but, gagne la finale et la deuxième copa Sudamericana de son histoire. Dans la video en bas de l’article vous verrez notamment le moment où le match prend fin et que tout explose. Je n’ai jamais vécu auparavant un tel moment de fusion d’une foule, même pas pour l’égalisation de Mbappé contre l’Argentine en 2022.

La ville s’enflamme. De la 4 voies qui passent sous la plaza foch, à la cour de l’université, en passant par toutes les fontaines du périmètres, c’est la folie. Mon téléphone et mon appareil photo sont vidés de leur batterie. Je profite un peu de l’ambiance mais ne tarderai pas à rentrer. C’est ce que je me dis. A ce moment là des jeunes m’abordent. Ils ont environ 25 ans. Une fille parmi eux me raconte qu’ils m’observent depuis un moment. Ils s’inquiètent pour moi. Elle me dit que je ne devrais pas être là. Qu’il n’y a pas d’autres gringo . Quand elle apprend que je suis français, la fille, pour me rassurer, ne cessent de me répéter qu’elle a eu une amie française qui s’appelait Giselle. Et Giselle ci, et Giselle ça, Et Giselle machin, elle rabâche sur Giselle. Elle veut m’extirper des flamme de la ville et m’emmener chez elle avec ses amis. Fatigué, je décline mais j’hésite en pensant à la perspective d’after et à cette expérience que je pourrais vivre avec des gens du coin. Puis elle insiste. Elle a l’air persuadé que je ne pourrai pas rentrer dans mon auberge du centre. Que c’est trop dangereux pour moi. Je finis par accepter. Ce n’est pas la protection que j’accepte mais l’aventure. Je les suis et c’est finalement ça le truc le plus irresponsable que j’ai fait de ma soirée : suivre à pied des jeunes inconnus bourrés dans un Quito en feu.

Au bout de 20 minutes de marche, et alors qu’il en reste encore 20, je me demande honnêtement ce que je fous là. Il y a la fille et deux ses amis, deux mecs, dont un tellement saoul qu’il ne tient plus debout et aborde chaque gens qu’il croise me rappelant ma jeunesse. La fille me vénère, je la passionne. Ce statut d’européen… la bonne couleur, le bon passeport…Arrivée dans un petit pavillon sur les hauteurs de je ne sais quel quartier de Quito, on se pose et on boit sur des canap. il y a un chien tellement méchant qu’il doit être enfermé dans une chambre. On parle de tout, de rien et sûrement un peu de Giselle. Mais je crois que le Canelazo a flouté mes souvenirs. Et puis à un moment donné je rentre. Pi c’est tout. Désolé si quelqu’un a atteint la fin de cet article en pensant y trouver un dénouement incroyable, j’aurais peut-être dû inventer des trucs.

A la base, je voulais juste poster la video et les photos d’une partie de ce que je viens de raconter, prises avant que les batteries de mes appareils me lâchent. Je voulais les présenter en écrivant deux, trois lignes, puis finalement j’ai écrit une tartine. Voici quand-mêmes ces photos et vidéos ci-dessous…





Laisser un commentaire