Quitter Sajama, ça jamais j’aurais dû

   

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Après un jeu de mot incroyable en titre qui, c’est sûr, rentrera dans la légende de ce blog qui, lui même, rentrera dans la légende de l’humanité, je peux commencer ce récit.

A La Paz sans trop savoir où aller, posé pas tôt sur un poteau du patio de mon auberge je reçois un texto de ma poto Lau qui a parcouru l’Amérique du Sud des années plus tôt avec le poto Nash. Elle me dit « poto, bouge toi le poto faut que t’ailles à Sajama ».

Pour aller à Sajama c’est un peu galère… Bon signe. Plusieurs options, moi j’ai choisi la plus répandue : demander au chauffeur du bus La Paz-Oruro de descendre à Putacamaya au bord de l’autoroute. Ensuite c’est au centre de Putacamaya qu’il faut choper le seul mini-van pour Sajama qui part normalement à la mi-journée. Ou quand il est plein. Donc il peut partir à 16h, on sait pas. En attendant tu pourras manger des soupes et regarder du foot dans les restos de la rue.

Dans le van j’étais avec des suisses, tout fier d’avoir lu dans le routard que la route entre Putacamaya et Sajama était la plus belle de Bolivie. Je sais pas si c’est vrai mais c’est vrai qu’elle est belle cette route. A la fin elle longe le volcan Sajama, point culminant de Bolivie qui ne nous quittera plus durant tout notre séjour dans le plus vieux parc national du pays.

Je vais pas te dire que la vie là-bas c’est le paradis. La bouffe c’est tout le temps pareil. De la soupe, du Lama et du riz. Et encore du Lama c’est quand il y en a. Parce qu’il faut aller le tuer. Pas toi hein, mais les gens là-bas. T’auras pas du pain tous les jours et les quelques boutiques du village ne combleront pas tous les trous.

Beaucoup les trouveraient laides  ces  petites maisons carrées en béton sur un étage qui, au fur et à mesure, ont fini par former le village de Sajama. Certes elles dénotent avec la jolie église qui semble avoir été posée là longtemps avant. Selon la tia Inès qui gère un bain thermal naturel dans la vallée, c’est au moment de l’arrivée du tourisme que les habitants, vivant jadis éparpillés dans la campagne pour leurs activités agricoles, se seraient agglomérés autour de leur clocher. La légende dit même qu’à une époque une parcelle « gravier » de l’ancienne Panamericana passait par là….

Au village à la nuit tombée, donc vers 18h30 tout meurt.  L’obscurité et le froid démotive toute activité nocturne. Si tu marches dans une des rues sans lumière à ces heures, les seules paire d’yeux que tu croiseras sont celles des chiens. Ca tombe bien parce que demain il faut que tu te lèves. Alors repose toi et couvre toi bien. Tu vas marcher. Sajama c’est un rythme. Celui de la montagne. Que dis-je ? De la haute montagne. Ah oui on est à plus de 4000, même dans la vallée, même au village. Pendant la saisons sèches, les journées sont belles mais les nuits sont rudes. Pi ça souffle.

En fait si… Je pourrais te dire que là-bas c’est le paradis. La journée tu peux marcher dans la vallée surplombée par les volcans Sajama, Paranicota et Pomerate,  au milieu des Lamas et des Alpacas, ils sont blancs, marrons ou gris…ils ont un peu les couleurs de la vallée. Tu pourrais aussi faire le tour des lacs, voir des flamands roses, goûter aux brulantes eux thermales, franchir la frontières chilienne, mais attention aux mines de Pinochet… La légende dit qu’elles sont toujours là.

Dans la vallée, j’ai même croisé un suisse, encore un. Tu m’étonnes qu’ils aiment cette vallée les suisse. Ici c’est un peu la Nouvelle-Suisse (1) en fait. En plus haut, en plus champêtre. Enfin j’en sais rien, je connais pas la Suisse. Bref ce suisse là lui il avait presque 8 dizaines. Et il habitait là. Seul résident non bolivien, qui avait choisi de vivre depuis deux ans dans cet endroit pour fuir la police …bon d’accord, en vrai je sais pas ce qu’il fuyait mais il était loin de son ancien monde et y était bien, là, poussant des petites brasses dans sa petite eau thermale C’est vrai, ça qu’est ce qu’on est bien dans le bain d’Inès. A Sajama, tu peux aussi faire un 6000. Les trois volcans que j’ai cités plus haut dépassent cette altitude, mais moi celui que j’ai gravi c’est l’Acotango parce que c’est le plus facile. En tout cas à cette période de toute fin de saison sèche, il l’était. Moi les trucs faciles, j’aime bien ça. Et puis un truc facile où tu peux te la péter sur insta en mode j’ai fait un 6000, ben je pouvais pas laisser passer ça. Mais qu’est ce que j’ai galéré sur ce truc facile. Parti à 2h de mat, j’avais pas dormi de la nuit. Une nuit à fouiner des articles sur des forums pour vérifier si ce 6000 était vraiment facile. D’ailleurs un des messages disait que c’était pas vraiment un 6000, qu’il était mal mesuré. Qui croire ? Ce message perdu sur un forum ou mon post insta qui dira que j’ai fait un 6000 ? Je suis arrivé en haut et c’est mon plus grand souvenir de Bolivie. Si j’avais la plume de Neruda je t’aurais décrit ce que j’ai vu au sommet. Mais je n’ai qu’un stylo qui perd sa bille devant cette pépite de vue. Donc va voir toi.

Un jour c’est sûr, je retournerai à Sajama…

(1) : oui je viens du côté de la colonisation où quand on va de l’autre côté de la colonisation, aime bien ramener nos noms de machin et mettre des « nouveaux » ou  » des nouvelles » devant devant.

Ci-dessous quelques photos (d’autres arrivent mais ça bug) et un video mal filmée et mal montée où tu trouverais notamment une interview d’Inès, bref c’est world wide wesh.

Une réponse à « Quitter Sajama, ça jamais j’aurais dû »

  1. Avatar de François
    François

    Récit sympa très bien écrit.

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